
LE BRUN Charles (1619-1690)
Aquarelle sur esquisse à la mine de plomb sur trois feuilles jointes. H. 0,283; L. 1,857. Mis au carreau à la mine de plomb. Repris au poinçon à certains endroits. Pliures verticales. Collé en plein sur toile. Rappelons rapidement les circonstances de la conquête de Dunkerque. Dans une des clauses de l'alliance dirigée contre l'Espagne et signée le 3 mars 1657 entre l'Angleterre et la France, celle-ci promettait de remettre à son alliée la ville de Dunkerque une lois prise. Le 23 juin 1658, la ville capitula après la victoire des Dunes (14 juin) remportée par Turenne. Elle fut alors cédée à l'Angleterre. Mais en 1662, Charles II ayant rétabli sur le trône la dynastie des Stuart à la suite du décès de Cromwell, accepta de vendre à Louis XIV pour cinq millions de livres la ville qui ouvrait à la France la voie sur les Pays-Bas (Marquis de Quincy, 1726, I, p. 260). Cette conquête, achetée, devait être célébrée dans la tenture de l'Histoire du Roi conçue par Le Brun. Van der Meulen fut alors chargé de se rendre au cours de son premier voyage (cf. Mémoire, p. 127) à Dunkerque pour en relever des vues. La lettre qu'il adressa à Colbert le 1er octobre 1665 indique la date de son arrivée dans la ville, le 27 septembre (B.N., m.s.fr. 132, fol. 112). Notons que la signature de l'artiste se transformera dans les années postérieures comme le révèle par exemple celle portée sur son testament le 19 octobre 1681 (A.N., M.C., XCII, 236). Cette grande Vue de Dunkerque dont la partie droite est inachevée, fut vraisemblablement exécutée en atelier. Le traitement est d'une précision et d'un raffinement pour certains détails de l'architecture qui ne se retrouvent pas fréquemment dans les autres vues de villes. La composition prépare directement l'arrière-plan de l'Entrée de Louis XIV à Dunkerque le 2 décembre 1662 (Meyer, 1980, p. 45), tapisserie de la première tenture de l’Histoire du Roi en haute lice à fils d'or tissée de 1668 à 1671. Nous savons précisément, grâce à son Mémoire (p. 124) que Van der Meulen peignit en partie l'esquisse : « Plus j'ay peint derrière le Boy à cheval, de M. le Brun, la marche du Roy faisant son entrée dans la ville de Dunkerque ». Signalons que R. de Hooghe grava une composition (B.N.Est., Aa 10g) qui, malgré des différences dans la mise en place des figures avec la pièces tissée, reprend avec précision la vue de Dunkerque dessinée par Van der Meulen. Des légendes permettent d'identifier chacune des architectures. A gauche s'étend la citadelle, reliée à la ville par un pont en bois, et au delà des dunes. La place forte de Dunkerque se développe non pas strictement en longueur comme dans un grand nombre d'autres dessins du maître, mais avec un effet de profondeur. Au centre s'élève la paroisse Saint-Éloi appelée également la Grande église ; à droite se situe la basse ville avec la porte de Calais ; le bâtiment à l'extrême-droite est celui de la fonderie.
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